15
mai
09

Deux mères pour le prix d’une !

Lucienne est partie y’ a un an demain le 16 mai . Lucienne, c’est ma mère . Elle a beau être morte, c’est encore et toujours ma mère .
Comme mon défunt Arthur est encore mon bon vieux père . J’arriverai jamais à les considérer comme faisant partie du passé . Mes adorés parents, même décédés sont toujours là près de moi, je le sais . Je suis pourtant de cette race d’ iconoclastes qui se torcherait avec leurs ailes si les anges existaient et qui ne fréquente les esprits que bien noyés dans le fin fond d’un verre d’ alcool .
Ça fait que ça parait plutôt incongru que je parle régulièrement à mes deux fantômes, je le sais bien .
Deux êtres désincarnés réduits en un tas de cendres scellé dans une urne quelque part dans un funérarium que je ne visite jamais .
Arthur et Lucienne sont devenus mes parents “à la vie, à la mort” .
Ils ne se débarrasseront surtout pas de moi pour cause de trépas . Que non ! Je les laisserai jamais tranquilles . J’aurai 90 ans que j’aurai encore besoin, encore envie d’eux .
M’ennuie de mon vieux bougon d’Arthur, incarnation de l’autorité suprême qui faisait régner l’ordre dans la maison car sa guignol d’épouse arrêtait pas de déconner avec ses 8 ti nonos . Heureusement que les dernières années de sa vie de papa nous l’ont révélé rieur et coquin n’ayant plus à asseoir son autorité sur ses enfants devenus adultes . Incroyable que ce dragon féroce qui terrorisait mon enfance soit devenu mon vieux chum à qui je pouvais dire n’importe quoi …. enfin, pas tout à fait car y’ avait comme un blocage qui subsistait et qui faisait que je n’arrivais à parler que de hockey et de politique (pas trop pour cause de duplessisme réfractaire à mes nationalistes envolées) avec lui . Mais toutes ces conversations superficielles s’avéraient révélatrices du grand amour qu’ on se partageait et qu’on ne savait exprimer autrement .

Pi la Lucienne ! Ah la Lucienne ! Quelle magnifique et lumineuse folle !!! Elle nous a consciencieusement torchés, nourris, éduqués, dorlotés et consolés comme l’exigeait son rôle de maman . Et elle accomplissait toujours son devoir de mère avec cette merveilleuse dose d’espièglerie qui ébahissait ses enfants, eux qui ne réalisaient pas vraiment leur chance d’avoir comme mère : UN CLOWN ! . “Enwouèye, arrête de brailler qu’on rigole un coup ” . “Enwouèye, cesse de bougonner et jouons aux cartes”.
Avec Lucienne, y ‘avait pas de temps à perdre à bougonner . Ce qu’elle a pu inventer pour nous rendre heureux cette sacrée Lucienne . Sans qu’elle ne nous l’ait jamais dit, le message de maman se résumait ainsi : ” La vie est dure . Prenons donc le temps de jouer et d’en en rigoler un bon coup . On va passer à travers “
Un de ses plus brillants fait d’arme en ce qui me concerne fut d’avoir aménagé le premier stade de “boleys” éclairé au monde .
Dans mon Cap Santé natal, nous pratiquions le sport du “boley” que d’aucuns appellent “Le jeu de billes” consistant à garocher avec contorsions et finesse les “boleys” dans un trou creusé à même le sol terreux de notre cour arrière . Or, l ‘automne raccourcissant les jours, notre mère soucieuse de voir ses enfants continuer à s’amuser installa génialement des lumières dans la cour à l’aide de poteaux de fortune et de fils qui n’auraient pas passé le test “CSA” mais peu lui importait que la maison risque de passer au feu, ce qui était primordial pour maman, c’était que ses enfants continuent à jouer malgré la précoce noirceur automnale .

Quand je pense à maman, je la vois tout le temps avec son irrésistible sourire aux lèvres . Même lorsqu’ elle nous grondait, elle n’arrivait même pas malgré ses efforts, à avoir l’air bête . Pas crédible Lucienne . Pour ça qu’elle n’avait pas le choix de refiler parfois le dossier au très convaincant Arthur .

Et ma mère, c’était surtout pas une moumoune . Sti qu’elle était tough ! Des fois, je vois Lucienne lors des dernières pénibles années de sa vie, grimaçant de douleur à cause de ses genoux opérés et réopérés trop usés de tant de grossesses . Et l ‘indécrottable joyeuse de nous faire croire à nous ses ti poussins que “c’est pas grave, ça va passer, c’est juste un mauvais moment et tantôt on va jouer aux cartes .Va vous pleumer mes ti morveux .”
Pour ça qu’ on a que rarement pu “foxer” l’école . On avait beau plaider une virulente fièvre bubonique, elle nous tâtait le front et son diagnostic s’avérait toujours le même :”Ça va aller mon grand . Tiens, prends une “tite frost” (ancêtre du Tylenol)”. Et elle nous mettait le sac d’école sur le dos en nous embrassant et en nous souhaitant de passer une bonne journée à l’école afin d’y apprendre toutes ces choses essentielles à notre éducation . On partait en tabarnak mais finalement, on devait avouer que notre fièvre bubonique avait passé . Et on revenait de l’école, accueillis par notre toujours joyeuse maman qui ne prenait même pas la peine de s’enquérir de notre état de santé toute occupée qu’elle était avec ses chaudrons qu’elle manipulait en chantant .
Fa que petit à petit, on a arrêté de se plaindre . Avec Lucienne, ça servait à rien .
Maman ne voulait qu’une chose pour ses enfants : Le BONHEUR ! Pi fuck les malheurs ! (Évidemment que la dévote ne l’aurait pas dit comme ça)

Et vers la fin de sa vie terrestre, même dans sa déchéance et entre ses délires séniles, maman se souciait héroïquement du bonheur de ses enfants . Les exemples ne manquent pas mais je ne retiens que ses invitations à ne pas partir alors que je la visitais dans la chambre de son foyer de ti vieux afin de m’offrir à souper et même aussi de m’offrir de me prendre une bière dans un frigo inexistant . Et hypocritement, je devais m’ inventer une raison pour refuser son invitation et je la quittais le coeur à l’envers en espérant très fort que son cerveau atrophié ne se souvienne déjà plus de mon passage .
La mort de notre héroïque mère poule s’est avérée une douloureuse délivrance pour nous ses poussins .

Mais aujourd’hui ce 15 mai, c’est l’anniversaire de ma soeur Denise qui atteint l’ âge vénérable de 60 ans . Denise qui outre qu’elle est mon adorée soeur s’avère aussi (à son grand dam) ma maman par procuration .
Certes, c’est un rôle dont elle se serait bien passée mais comment résisterais-je à en faire ma Lucienne quand elle lui ressemble tellement . Exactement comme maman : généreuse, tendre et attentive….mais avant tout, fervente propagatrice de l’école luciennesque donc le credo est : “N’oublions surtout pas de rigoler” . Ses enfants, la superbe Julie et l’autre là, mon neveu achalant peuvent en témoigner . Denise est le vrai portrait de Lucienne…à une nuance près . Quand c’était le temps d’avoir l’air bête et d’imposer la discipline, elle ne refilait pas le dossier à son distrait époux . Elle s’en occupait “arthurement” elle-même . Mais calvâsse que ses enfants ont eu et continuent à avoir du fun avec leur délurée maman . Encore aujourd’hui, pour qui les connait bien, il est facile de reconnaître en eux l’empreinte de Lucienne que leur a léguée Denise :” On fonctionne mais oublions pas de rigoler” .
Et grâce à cette extraordinaire grand-mère que leur a donné la vie, Xavier, Noémie, Florence et Mathis vont perpétuer le précieux héritage de Lucienne : Vivons notre vie mais n’oublions jamais d’aimer et surtout…d’en rigoler un bon coup “bonne sainte plote !”(*) Bonne fête ma chère soeur . Le triste 16 mai demeurera toujours hélas le lendemain de ta fête . C’est “confondant” ! Comment veux-tu que je te prenne pas pour ma mère ?

(*) “Bonne sainte plote” était l’inavouable et pittoresque juron de maman . Fallait vraiment faire preuve de dérision, elle qui était une fervente adepte de la bonne Sainte-Anne .


12 Réponses vers “Deux mères pour le prix d’une !”


  1. 1 Nicole
    15 mai 2009 à 17:50

    Trop touchant, trop beau, trop vrai, et ce, autant pour nos parents que pour notre grande soeur que nous admirons et aimons tant!
    Je te serre très fort et te dis une grand MERCI pour cet incroyable témoignage mon grand frère! Je t’aime xx

  2. 2 francoisroy
    15 mai 2009 à 18:46

    Le 16 mai 2008, tu es devenu le frère de mon père.

    Le 15 mai 2009, tu deviens mon frère ayant ma mère comme mère.

    ouch!

    Incroyable, renversant, suuuuperbe texte Frère Bob, touchant.

  3. 3 Suzie
    15 mai 2009 à 20:01

    Vraiment touchant, je reconnais ton grand coeur et j’ose dire que tu as toi aussi un peu de Lucienne. Combien de fois as-tu été rendre visite à Lucienne après le décès de ton père. N’as-tu pas pris une semaine de vacances pour distraire ta mère lors de son opération à un genou. OUI, je peux le dire vous faites partie d’une famille au coeur grand comme on ne peut l’imaginer, je peux en témoigner. J’ai plein de souvenirs où je riais d’un rire énervant, je suis contente d’avoir connu ce bonheur.

    Bonne fête Denise et doux souvenirs de Mme Lulu.

  4. 4 Big Ré
    15 mai 2009 à 20:26

    Oncle Bob,

    Le jour des funérailles de papa, Madame Lavoie m’a dit: “Y’a pas d’âge pour perdre tes parents”. Y’a rien de plus vrai. L’absence de Lucienne et Ti-Ture a créé un vide immense. Je pense à eux encore, souvent…

    J’ai vécu des retrouvailles émouvantes avec ce père, absent à mes yeux lorsque que j’étais jeune, mais qui avait pourtant toujours été présent. Il a toujours travaillé et travaillé afin que nous ne manquions de rien. J’ai en mémoire un après-midi d’été à Petite-Rivière-St-François, ou moi et Ti-Ture étions assis face au fleuve. Un bateau passait au large. Nous nous sommes regardés et soudain, tout était dit… Le bonheur de me retrouver là, avec lui, devant ce fleuve qu’il m’avait fait connaître et appris à aimer. Le bonheur d’enfin me sentir aussi bien près de lui.

    Pour ce qui est de Lucienne, comme vous l’avez si bien écrit, le souvenir qui me vient en mémoire, c’est un sourire moqueur, c’est un regard plein d’amour. C’est aussi un “Si y’a juste ça dans ‘vie”. C’est un “Qu’t'as donc l’air propre”. C’est un “J’vous aime tout’égal”. C’est un fou rire. C’est l’envie de mes amis. C’est tout l’amour que, malgré toutes les épreuves rencontrées, elle a su nous transmettre.

    Maintenant, il reste NOUS. J’aimerais donc ça qu’on n’ait pas un jour à se dire: “J’aurais donc dû”….

    Big Ré

  5. 5 onclebob
    15 mai 2009 à 21:08

    Laisse faire les correctifs, cher Big Ré . M’en suis occupé . Mais sache que ces grammaticales distractions n’ont altéré en rien la beauté de ton commentaire .
    Ton frère qui te câlisse une esti d’grosse bine sur l’épaule parce qu’on est pas des tapettes .

  6. 6 onclebob
    15 mai 2009 à 21:16

    21:00 et je reviens à peine du salon funéraire où je suis allé saluer mon vieux chum André qui vient de perdre sa vieille mère de 91 ans . Sa merveilleuse mère que j’ai bien connue et qui était de la même catégorie que Lucienne . Une autre mère héroïque qui nous a quitté .
    Perpétuons leur oeuvre mes amis .

  7. 7 onclebob
    15 mai 2009 à 21:23

    Nicole,je suis sûr qu’à quelques anecdotes près, tu aurais pu témoigner de la même façon ton amour pour Lucienne .
    Pas de bine pour toi mais un gros bisou de frère qui t’adore .

  8. 8 onclebob
    15 mai 2009 à 21:29

    Et en plus cher François, ta femme deviendra la propriétaire du baby sitter de ton fils qui s’avère le cousin de la petite-fille de ma soeur qui est ma mère . Diantre ! Quel âge a donc le capitaine ? Incroyable, renversant, suuuuuuuperbe !

  9. 9 onclebob
    15 mai 2009 à 21:42

    Suzie, ma chère pensionnaire au rire énervant, pendant quelques années tu auras été la neuvième des ti nonos qui gravitaient autour de Lucienne . Cette même Lucienne qui nous a fait te traiter comme si tu étais notre soeur . Certes qu’on a protesté un peu devant l’intruse que tu représentais mais maman ayant refilé le dossier à Arthur, on a pas eu le choix de t’adopter . Et finalement, t’as passé le test et tu as été pendant ce temps notre tite soeur à nous . Toi qui avait comme attrait surtout de ne jamais avoir l’air bête .
    Parfois, ton rire énervant me manque tellement .

  10. 10 Suzie
    15 mai 2009 à 21:59

    Je t’envoie tous mes souvenirs de rire aux éclats, de rire aux larmes comme dans un certain film où nous avions ri à en pleurer, de nos rires lorsque toi et moi peinturions la clôture de la rue Cathy, rire lorsque j’ai poussé Yvan dans la piscine et lors de la revanche par exemple j’ai moins ri. Aussi, nos rires et nos échanges lorsque nous faisions nos parties de jeux de patience à deux jeux et par hasard, c’était toujours à mon tour à faire le café. Vos rires à toi et Réal lorsque je me prenais pour une chanteuse et plus, et plus. Que de bons souvenirs de la rue Notre-Dame et de la rue Cathy. Merci pour tout ce que vous m’avez fait connaître, je vous en suis reconnaissante. J’aime beaucoup beaucoup ton article, il est tellement plein de tendresse que je me permets de l’accepter.

  11. 11 den
    16 mai 2009 à 01:09

    Cher oncle Bob,

    Est-ce que ça se peut d’avoir le “motton” et d’être heureux quand même? Et bien, c’est ce qui se passe dans mon petit coeur ce soir.

    Me semblait bien que ça se pouvait pas que je ne te retrouve pas sur ma boite vocale à mon retour à la maison en ce 15 mai.

    Merci p’tit frère!

  12. 12 Yvan
    17 mai 2009 à 19:32

    Ayoye
    Direct au coeur que due dire de plus
    MERCI


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