Hier 2 mars vers 1:00 du mat, la femme qui est couchée à mes côtés me réveille en me disant qu’elle a mal au ventre . Je lui ai dit :” Tourne toi sur le côté droit et frotte toi le ventre en faisant un mouvement circulaire et pense à autre chose . Tu vas te rendormir ” . Un vieux truc efficace que m’avait enseigné ma mère . Là dessus, je me suis rendormi . Mais pas elle et insistant, elle me réveille encore :” Ça fait vraiment mal, je pense qu’il faudrait que j’aille à l’ hôpital . ” On aurait dit qu’elle avait envie de brailler . Les femmes sont tellement “feluettes” . A doit être en plein SPM j’te gage . Je me suis levé et suis allé lui chercher un verre d’eau pour la calmer . Ça n’a pas fonctionné et elle a continué à m’achaler avec son histoire d’hôpital . Ça fait que résigné, je me suis habillé et puisqu’il ne semblait y avoir qu’un médecin pour la calmer, je l’ai amenée à l’hôpital .
Heureusement que ça n’a pas été trop long avant qu’ on ne l’examine parce que j’avais pas trop le goût de poireauter longtemps à l’urgence . J’étais fatigué moi . Y’ ont décidé de la garder . Coudonc’ peut-être que c’était sérieux son mal de ventre . Finalement, ils l’ont amené dans une chambre et ils l’ont branché d’un peu partout . Là, même si ce n’était pas moi qui avait mal au ventre, j’ai commencé à me sentir un peu concerné . C’est mon côté profondément humain qui ressurgissait .
Un m’ment donné, elle me regarde et me dit : ” On dirait que ça fait plus mal .” Je lui ai dit : ” Je le savais bien que c’était pas grave puis que ça passerait . Enwoueye, on s’en va ! ” Mais elle s’est mise à m’obstiner puis elle avait encore sa maudite envie de brailler au coin de ses yeux de veau mal sevré . J’ai essayé de la raisonner en lui disant qu’on dormirait bien mieux à la maison mais tout à coup [peut-être que c'était du fake, va donc savoir avec les femmes], elle s’est remise à geindre en se tenant le ventre à deux mains . Mais là, l’infirmière est arrivée et aussitôt après m’avoir fait un air de beu s’est mise à être attentive et évidemment solidaire envers sa patiente en lui promettant que le médecin viendrait la voir sous peu . Ça fait que encore une fois, je me suis résigné et j’ ai enlevé mon manteau . Je me suis assis dans le fauteuil à côté du lit et j’ai sorti mon livre de mots croisés .
Tout à coup je me suis réveillé avec la “slick” de bave au coin des lèvres, bras ballants et le livre de mots croisés et le crayon choyant par terre . Peut bien m’être réveillé parce qu’y avait mon autre qui s’était mis à chialer un peu plus fort pour être sûre qu’on s’en occupe . Shit, je la connais juste assez pour savoir qu’elle avait rien que besoin d’attention . Il faisait jour dans la chambre . Quoi!!! 7:00 du mat ?
Et tout ça n’était en fait que le prélude de la journée d’enfer que je m’apprêtais à passer . Une des pires journées de ma vie . Parce que bon gars j’ai décidé de rester avec elle malgré mon envie de sacrer mon camp . Calvâsse, toute la journée, j’ai eu droit à Jeannette qui pleure Jeannette qui rit (jaune) . Puis ce qui me mettait en beau joualvère c’est que les infirmières avaient l’air de la prendre au sérieux en la dorlotant puis en lui prenant sa pression aux 5 minutes comme si elle était à l’article de la mort . J’ai jamais vu quelqu’un à l’article de la mort mais je suis sûr que ça doit pas ressembler à ce qu’elle avait l’air .
Il est 20:00 . J’ai fini mon livre de mots croisés . 30 grilles de 12 par 12 complétées sauf une où je ne trouve pas le mot de 3 lettres commençant par A dont la définition est : Perroquet à beau plumage . Je suis pas mal tanné . Puis l’autre commence à être de plus en plus agitée . On dirait que le médecin vient de plus en plus souvent comme s’il trouvait la situation grave . Tabarnouche c’est pas un cancer, c’est un mal de ventre . En touécas !
Ça y est on est rendu le 3 mars . Au cadran il est 1:00 . Ça va faire bientôt 24 heures qu’on est à l’hôpital pour un mal de ventre . Ça a pas d’cristi d’allure . On encombre l ‘ urgence pour des niaiseries comme les gens sensés qui écrivent aux courriers des lecteurs le mentionnent souvent . Je suis fatigué pas à peu près .
Tout à coup, juste comme j’allais apostropher le médecin pour qu’il lui donne des pilules puis qu’on retourne à la maison, v’là t’y pas qu’à se met à chialer plus fort puis que les infirmières décident de la transporter dans une salle d’opération . Là j’ai eu un doute que c’était peut-être plus sérieux que je ne le croyais .
Et je me suis senti comme un peu coupable parce que ça avait l’air sérieux sérieux et je m’en voulais de ne pas m’être montré plus compatissant . Je me sentais comme concerné et j’ai demandé au médecin si je pouvais assister à l’opération pour la supporter moralement . “Me semble qu’elle apprécierait ” que je lui ai dit . Il a été cool et m’a dit que oui je pourrais rester avec elle durant l’opération .
Alors ils l’ont piqué avec des aiguilles énormes et ils se sont mis à faire toutes sortes de sparages et tout à coup à exactement 1:43, il s’est produit quelque chose d’extraordinaire . Ça de toute ma vie je n’avais jamais vécu quelque chose d’aussi intense . La femme prénommée Jocelyne avec qui je concubinais venait de donner naissance à celle qui s’ est avérée ma fille . Aujourd’hui en ce 3 mars 1981, venait de naître ma fille Marjolaine .
J’étais heureux certes . Mais en même temps, j’étais très contrarié . Et cela pour deux raisons .
La première c’était que la p’tite arrêtait pas de brailler et ça perturbait l’ambiance qui aurait dû en être une de sérénité . Me semble qu’un moment aussi sublime appelait le recueillement et une communion trinitaire empreinte de silence interrompu seulement de profonds ahoums . Ça laissait déjà supposer que j’aurais un sérieux travail d’éducation à accomplir avec la nouvelle venue .
Deuxièmement et c’est plus grave encore, j’étais en beau joualvère après ma blonde à cause de son sempiternel problème de communication . Je sais les gars que vous me direz que je n’apprends rien à personne en clamant que les femmes ont de tout temps eu des problèmes de communication . Calvasse, si elle me l’avait dit dès le début qu’elle s’apprêtait à accoucher au lieu de me dire qu’elle avait mal au ventre, je me serais ajusté . CHU PAS UN CAVE TOUT DE MÊME ! En touécas, ça explique que je l’ai quittée quelques années après parce que pour moi, la communication c’est primordial .
Finalement je ne suis pas médecin mais j’avais bien raison en soupçonnant que ce qui provoquait des maux de ventre chez Jocelyne, c’était le SPM . C’est-à-dire : Le Syndrome Pré Marjolaine .
Ce soir on se retrouve au resto pour célébrer les 28 ans de Marjolaine et j’ai hâte de lui chanter ” Ma chère Marjo c’est à ton tour “(*) et je n’hésiterai pas à demander à Marjolaine d’exprimer ce qu’elle ressent dans son coeur en ce jour d’anniversaire et de ne pas garder ces sentiments exaltants en dedans car la communication pour moi, y’a que ça ! J’ai hâte de lui donner son cadeau . C’est un billet pour la conférence à la Place des Arts du pape de la communication : Jean-Marc Chaput . Je crois qu’elle sera contente .
(*) C’est ma version maison d’un hit de Gilles Vigneault .