M’ennuie de la chambre des joueurs . La seule vraie place maintenant que sont disparues les tavernes où on peut se retrouver entre gars et se dire les vraies affaires .
Mardi passé, j’ai vu partir le ti crisse de gars en forme d’en bas avec son équipement de hockey . Ça m’a tourneboulé pas à peu près de le voir accomplir ce rituel que je vivais fébrilement dans le temps : Ouvre la valise du char . Garoche le sac d’équipement dans la valise . Ferme la valise . Ouvre la portière conducteur . Mets le contact et shifte direct vers l’aréna .
Me sont revenus en tête ces beaux moments que j’ai vécu à l’époque où je pouvais sans effort me taper 3 games de hockey et 2 games de ballon-balai par semaine . Sti que j’étais en forme . Dire qu’ y a des fois maintenant où sortir les vidanges m’épuise .
Mais outre mon athlétique condition de l’époque, ce qui me manque surtout, c’est cette rituelle communion avec les boys .
Un coup entré dans la chambre des joueurs, je savais que je venais de pénétrer dans un autre monde . Un monde ou les conventions prenaient une tournure toute anarchique . Magiquement, cette entrée dans la chambre des joueurs nous téléportait dans un univers parallèle .
N’existait plus Bobonne qui trouve que tu devrais finir les rénos au sous-sol et que t’as oublié de sortir les vidanges la veille et que t’as encore mis tes chaussettes à l’envers dans le panier à linge sale et que t’as pas baissé la lunette après avoir pissé et que « tu me laisses encore toute seule avec le petit (même quand celui-ci dort déjà) pour aller à ton maudit hockey . »
N’existait plus ce con de boss qui te donne un ordre absurde et que tu dois exécuter comme si c’était l’idée du siècle . Et n’existaient plus non plus ces lèche-culs de « camarades » de travail qui trouvent que l’idée saugrenue du boss est géniale .
Et n’existaient plus toutes les emmerdes de la vie en général .
Seuls comptaient une fois entré dans le sanctuaire, les boys . Les boys qui traînaient fièrement leur sac contenant leur attirail de guerrier avec en mains l’arme qui leur servirait à terrasser l’ennemi: leur bâton de hockey . Ces boys qui se prêtaient à ce jeu guerrier tout en demeurant conscients ( sauf rares exceptions) que l’adversaire était leur vieux chum ou en ce qui me concerne, leur frère .
On avait du plaisir sur la glace en se faisant « acroire » que Guy Lafleur aurait pas garnoté aussi précisément et que la passe direct sur la palette était d’une telle précision qu’elle aurait fait rougir Wayne Gretzky . Sti qu’on était hot !
Mais pour moi ce plaisir sur glace n’était que le prélude au vrai plaisir . Ce plaisir de se retrouver avec chacun en tête la certitude qu’on avait joué un match mémorable et de se partager ça tout en se dévêtant de notre équipement . Et à l’époque, y’avait toujours une caisse de 24 dans le vestiaire . D’aucuns, dont moi en sirotaient une avant la douche . Le tout accompagné de cigarettes (Non, On était pas moumounes dans le temps) . Et on se remémorait nos bons coups du match . Et on se confiait des choses qu’on osait plus dire à Bobonne sur l’oreiller . Et on s’en décapsulait une autre . Et on en rigolait un bon coup dans cette atmosphère certes empestée par les rots et les pets désinvoltes des protagonistes mais empreinte de toute cette franche camaraderie qui amenait tous et chacun, peu importe leur statut ou leur profession à échanger d’égal à égal : De bons cro-magnons pure race .
Ouais! C’était le bon temps .
Maintenant, ne me reste plus comme exutoire des soirées dînatoires en compagnie de bons gars qui apprécient la profondeur de mon propos et la finesse de mon humour ( le coup de l’abat-jour sur la tête les fait crouler de rire) mais on dirait que les femmes ne saisissent pas le degré mettons .
Peuvent pas comprendre car elles n’ont jamais mis les pauvresses les patins dans la chambre des joueurs .